Raphaël Glucksmann, coprésident de Place publique et député européen français, lors d’un meeting électoral organisé pour soutenir Thierry Miguel, candidat de l’alliance de gauche à la mairie de Limoges, à Limoges, le 12 mars 2026.
Dans le même dossier…
Un bloc réactionnaire en marche Municipales : à Limoges, chronique d’une défaite Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras » Municipales : le grand flou à gaucheLe discours. Les faits. En politique, les deux sont rarement synonymes. Et cette soirée électorale du second tour des municipales en a donné une belle illustration : presque tous les partis ont tenté de revendiquer la victoire. Chacun s’appuyant sur des exemples locaux – qui disent beaucoup et son contraire – pour extrapoler sur la « justesse » de leur stratégie.
Parmi eux, Raphaël Glucksmann. Le leader de Place publique (PP) a réservé ses premiers mots à France Inter, au lendemain du second tour. Un entretien de dix minutes pour un message clair : « La gauche républicaine, quand elle n’est pas avec LFI, elle gagne. » Et un mot qui revient comme un mantra : « La clarté. » L’eurodéputé s’appuie alors sur les défaites de la gauche unie à Limoges, Toulouse, ou Tulle, par exemple.
Pourtant, jamais, au cours de cet entretien, il ne parle des résultats de son parti lors des municipales. Pis, pour justifier sa légitimité, il s’appuie, une énième fois, sur son résultat lors des élections européennes. Pourtant, comme Politis vous l’expliquait la semaine passée, le premier tour avait déjà été compliqué pour Place publique. Selon les données transmises par le parti, seuls cinq maires ont été élus dès le premier tour, pour l’essentiel dans des petites communes.
Après la publication de notre premier article, Place publique assure toutefois à Politis avoir remporté 16 communes dès le 15 mars au soir. Un chiffre que nous ne retrouvons pas dans la base de données fournie par le parti de Raphaël Glucksmann, onze des seize communes revendiquées par PP n’y figurant pas. De son côté, Place publique assure que les 16 maires sont bien « étiquetés » PP et plaide une « erreur » dans la base de données transmise.
Des défaites dans des bastions
« Nous comparer à des partis historiques dont le plus récent s’est lancé il y a dix ans [LFI], c’est mélanger les torchons et les serviettes », répond-on du côté de PP, qui assure que son parti pris a « toujours été de s’inscrire dans des alliances ». Une politique mise en place notamment dans les grandes villes, le parti citant, sans exhaustivité, Paris, Rennes ou Lille.
Malgré tout, et au vu des ambitions présidentielles de son leader, l’implantation locale du parti restait un objectif clair de PP. À l’été 2025, Raphaël Glucksmann l’annonçait : « Place publique s’engagera pleinement dans cette campagne [des municipales], car c’est au plus près des citoyennes et des citoyens que se construit le changement auquel nous aspirons et c’est à l’échelle locale que notre projet démocratique, social et écologiste prend tout son sens. »
Un engagement par des alliances, donc, mais aussi par des têtes de listes dans plusieurs communes (Perpignan, Grenoble, Saint-Brieuc, par exemple). Ce dimanche, le parti avait encore neuf têtes de liste en lice, selon la base de données qu’il nous a fournie. Toutes ont perdu, excepté Éric Pliez dans le 20e arrondissement de Paris. Une victoire à relativiser, car, étant restreinte à un arrondissement, l’édile a des pouvoirs restreints, contrairement au maire de Paris, chef de la mairie centrale et de plein exercice. Ailleurs, certaines défaites, ont lieu dans des bastions de la gauche, voire dans des villes qui semblaient, sur le papier, imperdables.
C’est à l’échelle locale que notre projet démocratique, social et écologiste prend tout son sens.
R. Glucksmann
Un exemple : Périgny, en Charente-Maritime. La maire sortante, Marie Ligonnière, adhérente à Place publique, se représentait. Arrivée en deuxième position au premier tour, elle avait de très fortes chances de l’emporter face à un candidat divers droite, ancien adjoint. Et pour cause, le total des listes de gauche atteignait 62,5 % des suffrages exprimés au premier tour. Au second tour, dans le duel face au candidat divers droite, elle ne recueille que 43 % des suffrages. Cuisante défaite.
« Les urnes viennent de nous donner une leçon. La seule manière de gagner, c’est la clarté », poursuit Raphaël Glucksmann sur la radio publique. Pourtant, dans des villes de plus grosse envergure que Périgny, la « clarté » de Place publique n’a pas franchement payé. L’exemple le plus évident est certainement celui de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), ville qui avait rebasculé à gauche en 2020 après 19 ans de gouvernance du centre et de la droite.
« Clarté »… sans appel
Le maire sortant, Hervé Guihard, ancien socialiste désormais chez Place publique espérait briguer un second mandat. Arrivé en tête au premier tour, il a, durant l’entre-deux-tours, refusé la « fusion technique » proposée par la liste insoumise. Résultat : la ville rebascule à droite. À Angoulême (Charente), Place publique n’était pas en tête de la liste, mais disposait de nombreux colistiers – dont la deuxième place sur la liste de Patrick Mardikian. Comme à Saint-Brieuc, la liste a refusé l’alliance avec les insoumis, arrivés en tête. Et comme dans la préfecture des Côtes-d’Armor, c’est le maire sortant, Horizons, qui l’a emporté.
À Antony (Hauts-de-Seine), dans une ville difficile pour la gauche, Virginie Evennou, la candidate Place publique, ayant récolté seulement 11 % des suffrages au premier tour, a décidé de se maintenir. Et cela, malgré les 22,5 % d’une liste de gauche citoyenne. Le résultat est sans appel : le maire sortant Les Républicains est largement réélu.
Même constat à Langueux (Côtes-d’Armor), à L’Aigle (Orne), à Cugnaux (Haute-Garonne) et à Sarlat-la-Canéda (Dordogne). Les têtes de liste Place publique ont toutes perdu. Dans le 8e arrondissement de Paris – très à droite –, le candidat Place publique est aussi largement défait.
En revanche, dans le très à gauche 20e arrondissement, le maire sortant, désormais Place publique, Éric Pliez l’emporte facilement. Il représentait la liste d’union derrière Emmanuel Grégoire, large vainqueur de la mairie centrale. Une forme de victoire aux accents ironiques alors que le leader de cette formation est souvent taxé de « Parisien » éloigné des préoccupations locales et territoriales. Au lendemain du second tour, la clarté des résultats est sans appel.