Le campus central de l’Université de Strasbourg.
Au moins 25 étudiants et étudiantes supplémentaires ont reçu des notifications de désinscription de l’Université de Strasbourg fin mars. Elle leur reproche de ne pas avoir réussi à payer les nouveaux frais d’inscription majorés, réservés aux étrangers venant de pays hors de l’Union européenne.
« C’est absolument catastrophique », déplore Elsa Rambaud, maitre de conférence en sociologie à Sciences Po Strasbourg. Au nom d’une intersyndicale réunissant 10 organisations, elle dénonce les désinscriptions d’étudiants et étudiantes étrangères en master à Strasbourg, parfois à quelques semaines de l’obtention de leur diplôme : « Nous avons déjà recensé 25 cas, mais il y en a surement qui restent sous les radars. »
Les personnes concernées ont reçu une lettre signée par la présidence de l’Université de Strasbourg (Unistra) le 31 mars, leur annonçant leur désinscription. L’Unistra leur reproche de ne pas avoir payé les frais de 3 941 euros que sont censés verser les étudiants étrangers qui viennent de pays hors de l’Union européenne. Ces nouveaux frais sont issus d’une réglementation nationale datée de 2019, et commencent à être appliqués par l’Université de Strasbourg depuis l’année 2023-2024, avec des exonérations pour les étudiants et étudiantes inscrites en licence. C’est pourquoi ces désinscriptions concernent des personnes de niveau master.
Une pétition lancée
Beaucoup ont fait des demandes d’exonération qui n’ont pas été acceptées. Pour celles et ceux qui viennent du Maghreb ou de pays subsahariens par exemple, 3 941 euros représente une somme très conséquente, qui s’ajoute aux autres coûts de la vie. « Ils risquent de perdre tout ce qu’ils ont investi pour venir étudier en France, résume Elsa Rambaud, du syndicat Snesup. C’est arrivé à ceux qui ont été désinscrits en décembre. Nous n’avons plus aucune nouvelle d’une partie d’entre eux. » Rue89 Strasbourg avait déjà relaté une vague de 37 désinscriptions fin 2025.
« Ces étudiants ont été sélectionnés pour la qualité de leur dossier, sont engagés depuis sept mois dans la préparation d’un diplôme exigeant et poursuivent leurs études dans des conditions matérielles et psychologiques difficiles et parfois dramatiques, rappelle l’intersyndicale dans un communiqué. Ces décisions administratives sont d’une violence insupportable et s’apparentent à des exclusions. Elles ne font pas honneur à une université internationale fière de sa tradition d’accueil et de son humanisme. »
« À Sciences Po, on a six étudiants concernés en master. Certains ont validé haut la main leur premier semestre, affirme Elsa Rambaud. Des cagnottes ont été ouvertes par leurs camarades pour les soutenir. » De son côté, l’Université de Strasbourg indique « appliquer la loi » après avoir accordé en février un délai de paiement à 47 étudiants concernés. La présidence indique qu’elle a proposé à l’intersyndicale une rencontre pour échanger sur la situation des étudiants, une « proposition restée sans réponse ».
L’intersyndicale a lancé une pétition qui a obtenu plus de 2 000 signatures jeudi 2 avril. Elle exige « la réinscription immédiate des étudiants désinscrits » et « le réalignement des droits des étudiants dits extracommunautaires (venant de pays hors Union européenne, NDLR) sur les droits » du reste des étudiants.
« Ces frais différenciés répondent à une logique de préférence nationale et de sélection par l’argent, déplore Elsa Rambaud. Ce n’est pas comme ça que je conçois mon travail. »