Un duel pour le second tour à Bordeaux (DR)
Le maire écolo sortant a fait son deuxième et dernier meeting à l’Athénée municipal ce jeudi devant plus de 800 personnes réparties entre la salle et la place à l’extérieur, alors que son adversaire signait sa 20e réunion publique à Caudéran ce vendredi devant 400 partisans qui ont rempli La Chartreuse Saint-André.
Pour son deuxième et dernier meeting de la campagne à l’Athénée municipal, ce jeudi 19 mars, Pierre Hurmic a vu les choses en grand. Dj, écran géant, et 300 personnes sur la place Saint-Christoly, ainsi que de nombreux ténors régionaux de la gauche et 500 personnes à l’intérieur.
La salle est bondée à tous les étages et dans les premiers rangs on retrouve de nombreux maires socialistes (Egron, Delpeyrat, Trijoulet…) ainsi que le président de la Région Alain Rousset, le président du Département Jean-Luc Gleyze, la présidente de la métropole Christine Bost et le député Nicolas Thierry.
Après un témoignage de Stéphanie Palancade, militante LGBTQIA+ saluant une ville où « la communauté queer respire enfin », Nicolas Thierry détaille « deux systèmes de valeur » et façons de gouverner, opposant macronisme et écologie. Christine Bost parle d’un Pierre Hurmic « entier » et « intègre ». Sur un ton détendu et malicieux, elle évoque les pressions exercées pour pousser Philippe Dessertine au retrait, une « politique tambouille qui entache notre crédibilité à tous et qui fait que les citoyens se tournent vers les extrêmes ».
« Bordeaux n’est pas un trophée pour la macronie moribonde », cingle-t-elle.

« Voter double »
Arrive enfin l’heure de Pierre Hurmic. Le maire-candidat est porté par des applaudissements nourris et des hourras qu’on peut entendre de l’extérieur, mais aussi par la volonté de railler le projet de ses adversaires.
« Figurez-vous qu’ils promettent, par exemple, de “végétaliser la ville” ou de “rénover les écoles“… Ils n’ont honte de rien ! Tiens, ils veulent végétaliser ? […] Vous savez ce que [Thomas Cazenave] propose comme projet pour ses “100 premiers jours” ? Passer le rotofil ! Il veut arracher les mauvaises herbes. La nature, pour eux, c’est sale. Les roses trémières, c’est sale. Voilà l’idée que ces gens-là se font de la nature en ville ! »
Lors d’un discours d’une heure quinze sur ce ton, parfois surjoué, interrompu plus de 70 fois – oui nous avons compté – par des applaudissements frénétiques, le maire sortant a à la fois déroulé son programme et lancé des flèches vers son adversaire, notamment sur l’épisode du retrait de Philippe Dessertine :
« Je voudrais aussi avoir un mot, quand même, sur les manières de M. Cazenave et de son camp. Parce que c’est important pour moi, l’éthique et le respect. Je crois que la façon dont on s’y prend pour essayer de conquérir le pouvoir en dit long sur la façon dont on l’exercera… »
Le maire invite son assemblée, déjà acquise à sa cause, à voter « double » dimanche : « une fois pour » et « une fois contre ». Applaudissements.
La vingtième à Caudéran
Pour sa 20e et dernière réunion publique, Thomas Cazenave a donné lui rendez-vous à Caudéran, terre où Philippe Dessertine est arrivé en tête au premier tour. Alors que La Chartreuse Saint-André se remplit petit à petit, dans l’assemblée, des militants rentrent tout juste d’un porte-à-porte dans le quartier et échangent sur le bilan des promesses de vote : « Un peu pour nous, un peu pour Hurmic et un peu blanc ».
Une cent-cinquantaine de places assises se remplissent petit à petit. Les entrants se calent d’abord contre les murs avant de s’aligner dans les allées. La salle est plein à 19h30 et les panneaux « Faire gagner Bordeaux » sont distribuées pour des prises de parole qui démarrent un peu avant 20h.
C’est Marcel Kapfer, ancien général de gendarmerie, qui prend la parole sur un sujet qui a régulièrement occupé le haut de la liste dans cette campagne. « La sécurité est un problème important dans notre ville », lance le colisitier qui promet l’armement de « toute la police » et le renfort « de la « télésurveillance », corrigée aussitôt par « vidéoprotection ».
Une autre colistière, Ariane Ary, se dit en charge de la propreté et « à portée d’engueulade ». Pascal Appanah fustige « les rues tristes et sans lumière ». Hélène Florian, particulièrement applaudie, veut « donner envie aux familles de vivre à Bordeaux ». Vient ensuite Yves Simone, guide bordelais qui a rejoint la veille Thomas Cazenave. Il fait un aveu : « En 2020, j’ai voté Pierre Hurmic, mais je ne le ferais pas deux fois. » Géraldine Amouroux, conseillère départementale et soutien du candidat, rend au passage hommage à l’ex candidate Nathalie Delattre.

C’est « notre projet »
« Ça fait chaud au cœur de faire cette dernière réunion à Caudéran », embraye Thomas Cazenave devant l’ancien adjoint d’Alain Juppé et ex maire du quartier, Pierre Lothaire. Aux maires de droite élus dès le premier tour, venus le soutenir pour conquérir la métropole, il a lancé : « Attendez nous, on arrive. » Le candidat poursuit :
« Je veux dire à ceux qui ont voté Dessertine, nous avons beaucoup de points commun avec son programme. Nous continuerons son combat et nous continuerons à défendre ses convictions. »
Tel son mentor Emmanuel Macron en 2017, Thomas Cazenave défend « notre projet », de la sécurité à la propreté, en passant par la santé et la transition écologique – qui « n’est pas l’apanage d’un parti ». Il promet l’éradication des rats et des moustiques, car « il n’y a pas de bien-être animal qui vaille ». Le candidat du centre et de la droite allume Pierre Hurmic sur son terrain : « Fini le maire militant, le maire d’un clan. »
Avant que l’ancien député lâche « un scoop » :
« Il y a dans cette équipe [de colistiers] des macronistes. Il y a aussi des anti-macronistes. S’ils sont réunis au-delà de leurs différences, c’est parce que tout le monde est ici pour faire gagner Bordeaux. »
Les applaudissements éclatent. Thomas Cazenave alerte sur un scrutin « très serré pour gagner la bataille de Bordeaux ». Il faut se méfier du « beau temps ce dimanche » conclut-il.